21.11.2011

Armée du Salut

 

Il a 25 ans, il est SDF.

Il avait un travail, il l'a perdu. Il avait une amie, elle l'a quitté, leur logement commun, il a dû l'abandonner. Désormais à la rue, il  fait la manche pour s'offrir une chambre à l'Armée du Salut. Parce que dans un mois, il aura un emploi.

Il ne touche pas d'allocation de chômage parce qu'il est Français. Et en France, il n'a droit à rien parce qu'il a travaillé en Suisse. Ses parents? Ne semblent pas disposés à le soutenir. Telles sont les réponses qu'il a apportées à mes questions tout en voulant me rendre partie de ce que j'avais glissé dans sa main. Il était gêné de recevoir de quoi passer plus d'une nuit à l'Armée du Salut.

J'ai compris mais il faisait froid, ce soir-là, c'était dimanche, en ville et il y avait peu de monde dehors. De quoi y rester la nuit...

Avant de le quitter et après lui avoir suggéré différentes manières de subvenir à ses besoins peut-être de façon moins humiliante, je lui ai demandé s'il était allé aux Bastions, voir les "Indignés".

Il m'a regardée, a réservé sa réponse et a souri.

L'expression de son visage était douce et son regard bienveillant. Il s'y était rendu, oui. Mais on lui avait répondu qu'on ne pouvait rien pour lui. Et puis, on a aussi ajouté qu'un ordinateur portable avait été volé. Dans le campement. Oui.

Alors il a compris.

 

 

 

 

21:15 Ecrit par Hélène Richard-Favre dans Actualités, Air du temps, Existence, Genève, Vie politique | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : indignés, bastions, sdf, armée du salut |  del.icio.us | | Digg! Digg |  Facebook

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Commentaires

Mais j'ai bien lu : dans un mois, il aura un emploi ?

Ecrit par : marie-hélène | 21.11.2011

Il l'a dit, oui, Marie-Hélène. Mais pendant ce temps-là, il est à la rue, sans argent et au froid. Son sort par ailleurs ne semble visiblement pas perturber le cours des réflexions des Indignés qui lui ont indiqué ne rien pouvoir pour lui...
Dans ce cas, restent les rencontre aléatoires de personnes qui seront sensibles à son statut actuel.

Ecrit par : Hélène Richard-Favre | 21.11.2011

Quelquefois, un signe de compréhension rend la vie un petit peu plus facile.
Il a 25 ans, tout l'avenir...Mais d'abord sans doute il aurait bien besoin de quelque aide psy, s'il est sensible à cela. En France, ce ne serait peut-être pas complètement impossible. Je dis cela, dans l'idéal, parce qu'il faudrait le connaître beaucoup pour le lui proposer. Et l'urgence est de se loger, de se nourrir. Quoique l'urgence soit parfois ailleurs que là où on la croyait.
Très bonne soirée, Hélène

Ecrit par : marie-hélène | 23.11.2011

Il a en tout cas relevé comme bien agréable le fait d'avoir pu parler et d'avoir été écouté.

C'est pourquoi perdre son emploi puis sa femme puis son logement, ne jette pas seulement dans la rue mais hors de la société.Parce que la misère n'y a pas toujours sa place. Elle gêne certains qui la jugent sans même chercher à en connaître les raisons.

Bien sûr qu'il y a le soutien psy mais il ne peut pas tout non plus. Et savoir si et quand une personne est malade ne se détecte pas forcément de manière immédiate.

Avant cela, le contact humain reste la valeur essentielle et c'est elle qui disparaît lorsque l'on est exclu.

C'est dans ce sens que j'ai suggéré à ce jeune homme quelques pistes susceptibles de le maintenir intégré à un structure sociale. Afin de ne pas connaître trop longtemps l'humiliation d'avoir à mendier.

Il l'a compris parce qu'il a de lui-même constaté le peu de goût que cette pratique lui inspirait en dépit du fait qu'il s'y soit livré. En tout cas ce dimanche soir là.

Ecrit par : Hélène Richard-Favre | 23.11.2011

Le revenu-citoyen souhaité par D de Villepin et proposé par le député Jean-Pierre Grand de République Solidaire, pourrait être une chance, une chance pour lui si le travail espéré n'était pas tout-de-suite au rendez-vous, et en attendant d'en trouver un autre.
Ce serait plus facile avec quelque soutien psy s'il le souhaitait. Il n'est pas nécessaire d'être complètement malade pour cela, mais dans une souffrance qui parfois attire les échecs.
Ce serait plus facile aussi de se remettre au travail en commençant par le travail obligatoire à choisir parmi les services publiques accompagnant le revenu citoyen. Tout gagnant pour lui et son entourage !

Ecrit par : marie-héléne | 01.12.2011

Je comprends votre réaction Marie-Hélène,

Sachez juste qu'après simplement quelques jours le camp ressemblait plus à woodstock qu'à un camp d'Indignés.
Il a bien fallu gérer tout ce capharnaum. Nous avons nourri pas mal de personnes dans le besoin, mais tout devenait très vite ingérable, consommation d'alcool, stupéfiants, non respect du voisinnage (une pétition à été déposée au conseil minicipal), ....
Nous avons par la suite dû orienter certaines personnes vers des services bien plus compétents, plus expérimentés. Aucun parmis nous ne possédant les connaissances nécessaire pour savoir agir lors de situation à risques, aucune personne du métier ne nous ayant rejoint, l'unité de psychiatrie mobile qui ne veut pas faire une reconnaissance de terrain voire tout simplement nous coacher, sachant que dans d'autres camps d'occupy dans le monde ils ont pu connaître des faits-divers tel que viol, meutre, vols,....
Il nous a semblé préférable de ne pas accepter plus de personne sur le camp ne sachant déjà comment gérer nos problèmes.

J'espère que vous comprendrez qu'il ne nous a pas été facile de prendre ce choix mais que notre combat est celui de nous battre pour eux.

Sincèrement,
Stéphane.

Ecrit par : stéphane | 10.02.2012

Le débat qui s'amorce ici est crucial, à mon sens. Pour lui mettre une étiquette, on pourrait reprendre le célèbre "mononpole du coeur".
L'histoire du campement des Bastions et le décès nocturne du jeune homme nous obligent à nous confronter à ce qui a été fait ou pas fait. Et aux niveaux de responsabilité.
Ce que M.-H. Richard raconte ici est d'une importance capitale : qui de nous prend le temps de discuter avec une personne qui fait la manche ? Pour cette personne, juste le fait que l'on puisse lui donner du temps doit déjà être quelque chose d'exceptionnel.
Les Indignés nous tendent une sorte de miroir, à nous Genevois, pour nous dire quelque chose comme : n'êtes-vous pas en train de sacrifier au Fric au lieu de vous préoccuper de l'Humain ? De poser cette question implique que l'on se place ailleurs que dans la foule des matérialistes néo-libéraux.
Poser la question, c'est y répondre.
Beaucoup de nos concitoyens se sont sentis agressés par cette question et ont voulu disqualifier le mouvement, probablement parce que la question et sa réponse dérangent.
N'est-il pas évident que cette ville est en train de s'engorger pour cause de trop de richesses ? Nous attirons des quantités indigestes de richesses qui nous étouffent, ne serait-ce qu'au niveau des bagnoles de plus en plus grosses et rutilantes.
Le billet de Stéphane apporte un élément intéressant au débat : les autorités diverses, les professionnels de la psychiatrie mobile (je ne savais même pas que ça existe !) se sont lavé les mains. C'est tellement clair qu'un tel campement va réunir des personnes qui sont dehors, qui ont le temps de prendre le temps d'aller aux réunions. Et qui se reconnaissent dans un lieu qui remet le "mainstream" en question.
Les personnes responsables au niveau institutionnel auraient-elles pu faire davantage, à leur niveau ?
En effet, personne n'a le monopole de coeur, mais pas non plus des responsabilités.

Ecrit par : Calendula | 10.02.2012

Calendula, ce débat, je l'ai demandé à diverses reprises, ici, ailleurs, et sur le blog de Grégoire. C'est peut-être ce qui a motivé la réaction de Stéphane tandis que Grégoire commentait sur mon blog http://voix.blog.tdg.ch/

"Votre détermination, Grégoire, on la conçoit. Raisonnée, émotionnelle, émanant d'un idéal, d'un élan ou d'un cri du coeur, peu importe.

Il n'en demeure pas moins que je n'ai pas souvent entendu de SDF emballé par l'accueil qui lui aurait été réservé au camp des Indignés. Au contraire, il m'a été rapporté qu'on leur avait signifié qu'ils dérangeaient, empêchant les débats, pour certains, quant ils n'ont pas carrément été soupçonnés ou accusés d'avoir volé un ordinateur portable.

Bref, la description faite du rapport entre Indignés et SDF ou autres personne en quête de soutien, ne correspond pas vraiment au tableau que vous dressez de cadre d'accueil chaleureux.

J'y ai vu, par contre, arriver des soutiens de commerçants, offrant tel ou tel service, telle ou telle marchandise et cela, je l'ai trouvé beau.

C'est pourquoi j'ai demandé un vrai débat ici. Car rien n'est aussi caricatural qu'on veut bien le dire. Ni du côté des Indignés, ni de celui des SDF, ni de celui des pouvoirs publics.

Une société n'est pas que contraintes ou profits. Une société n'est pas que pure exploitation des plus fragiles. Une société est par définition complexe et ne peut donc se résumer à ce que vous en dites.

Je suis allée à l'Armée du Salut, je suis allée à la Fondation Abbé Pierre, j'ai vu le travail d'Associations, eh bien je puis vous assurer que ce qui y est réalisé n'est pas de piètre qualité.

Evitez donc de caricaturer et de tomber dans le piège de la stigmatisation. Vous en serez d'autant plus respecté et crédible. Car votre propos n'est pas dénué d'intérêt ni de sincérité, pas moins ceux de certains Indignés avec qui l'occasion m'a été donnée de m'entretenir.

Quant au fait de "déranger", je ne sais s'il y a là de quoi le monter en exergue.Car on peut apporter à une société ou à des proches de manière moins négative et moins ostensible.

Parfois, de simples gestes suffisent et je puis vous dire aussi que bien des personnes agissent, dans l'ombre et sans fracas et que ces mêmes personnes ont des idées politiques, de gauche, de droite, du centre ou de tout autre tendance.

La nature humaine généreuse et cordiale n'a pas disparu. Il faut toutefois aussi savoir la découvrir en toute honnêteté, en toute objectivité et sans état d'esprit partial ni exalté.

Merci de votre attention,

Hélène Richard-Favre

Ecrit par : Hélène Richard-Favre | 10.02.2012

Effectivement, j'ai suivi le débat entre Grégoire et vous sur son blog à lui.
J'ai décidé de vous écrire, à vous, car vous avez suivi les Indignés depuis un moment et vos éclairages sont très intéressants, sur le moment et à postériori.
Les commentaires de Stéphane chez vous et Xavier Brand, chez Grégoire, amènent également des informations de première main, des infos qu'on aurait aimé trouver dans la presse...
Je me suis interrogée : pourquoi ne me suis-je pas sentie concernée par le mouvement des Indignés, qu'est-ce qui a fait que je me sentais extérieure à ce mouvement.
Stéphane donne une piste : l'ambiance Woodstock et tout ce qui en découle. C'est un truc de jeunes. Tout comme l'indignation spontanée et massive, celle qui passe comme un rouleau-compresseur. Elle a le droit d'exister et j'admire ceux qui en sont capables, mais je ne me sens pas faire partie d'un tel mouvement.
Les blocages dans la communication, les positions monolithiques, les fâcheries explosives font partie du fonctionnement des groupes. Il faut une patience d'ange, du temps à profusion et un idéalisme à toute épreuve pour survivre dans une telle dynamique.
En lisant chez Grégoire que les indignés voulaient concentrer leur énergie sur autre chose que la gestion du camp, j'ai perçu du "bon sens".

Ecrit par : Calendula | 10.02.2012

J'ai été employé en fin de carrière par un organisme dépendant de l'état Français pour m'occuper des jeunes de 18 à 25 ans dans le cadre d'un programme appelé T.R.A.C.E.
(trajet, accès à l'emploi ministère du travail..)

On m'a également confié une trentaine de personnes éloignées de l'emploi pour des raisons de drogue, alcool, plus de cinquante ans, repris de justices, divorcés(es) etc...

Enfin, pendant deux ans j'ai collaboré pour assurer les formations sécurité employeurs et employés.

Le tout, avec une association gérée par cette institution. Vous comprenez mieux "mon coup de gueule" concernant ce jeune qui est mort de froid. Je ne reviens pas sur le sujet, ce que j'ai écrit reste valable, n'en déplaise aux princes.

Par contre il me semble pouvoir indiquer que lorsqu'un groupe se constitue pour "s'indigner" (ce qui était le cas) sans aucune structure, ça ne mène jamais bien loin. (-constaté sur d'autres groupes) Un groupe comme celui-ci, s'est créé certainement de manière empirique. Dans une telle situation, elle attire vers elle toutes les personnes de bonne foi, les marginaux, les gens malades, tous ce que la société à laissé tomber au cours de route.

Pas étonnant que ce groupe se soit discrédité des autorités et des riverains car devenu ingérable, si tant est qu'il l'ait été.

Si des jeunes et des moins jeunes veulent revendiquer X causes, ils doivent s'organiser et acter cette organisation, et ce quel que soit la forme juridique.

Enfin pour ne pas être trop long, ce mouvement ne doit pas se -substituer aux organisations caritatives, mais être reliées avec. Mettez dans un groupe des salariés qui revendiquent une hausse de salaires, avec des personnes dont j'ai pu m'occuper en d'autres temps vous allez à la catastrophe, il y a même un danger de meurtre, sans que qui que ce soit ait voulu tuer quelqu'un au départ.

Il est impossible de mélanger des gens "malades" qui doivent avoir des soins avec des gens "révoltés quelqu'en soient les causes.Les uns entraînent les autres qui n'ont plus la faculté de bien réfléchir.

Il faut faire extrêmement attention j'ai vu des accidents graves avec coups de couteaux sur des éducateurs spécialisés, menaces avec revolver etc...

Vous comprenez pourquoi j'encourage vivement Gabriel le "P'tit" -s'il se sent apte- à prendre ce groupe en main. Cela évitera bien des accidents plus ou moins graves; de toutes les façons, il faut une organisation style association loi 1920 ou autre ? Il faut acter ce mouvement qui doit être organisé non pas pour devenir la terreur des politiques ou des riverains, mais pour éviter d'autres drames.

Hélène, ce commentaire je le mets également sur le blog de Gabriel. Merci.

Ecrit par : Pierre NOËL | 10.02.2012

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